« Vu d’Afrique Emmanuel Macron apparaît comme le “prince de la jeunesse” »

 In U.S.
À la veille d’un sommet Afrique-Europe à Abidjan, et alors que le président Emmanuel Macron doit prononcer un discours important aujourd’hui à Ouagadougou, le financier Lionel Zinsou présente les perspectives de croissance du continent africain. Lionel Zinsou est Président de TerraNova, ancien premier ministre du Bénin

La croissance économique de l’Afrique a calé en 2016, du fait de la chute brutale des prix des matières premières, notamment des hydrocarbures. Comment rendre l’économie du continent moins dépendante de ces ressources ?

Lionel Zinsou : En développant l’activité de transformation. Les produits bruts non transformés sont en effet soumis à une très grande volatilité des prix. De petits déséquilibres entre l’offre et la demande se traduisent par d’énormes déséquilibres de prix et de chiffres d’affaires. En revanche, les produits finis, transformés, emballés, sont soumis à une volatilité bien moindre. Plus il y a de la valeur ajoutée, de la marque, de la qualité garantie, des produits ajoutés, plus le producteur augmente ses revenus, notamment en devises, et stabilise son chiffre d’affaires.

Mais il y a un deuxième problème, qui touche même des pays africains ayant diversifié leur économie, c’est l’étroitesse de la base fiscale. Le Nigeria, par exemple, a développé des services logistiques, financiers, une économie tertiaire liée aux télécoms. Et les hydrocarbures ne représentent plus que 15 à 18 % du Produit intérieur brut (PIB).

Mais les matières représentent toujours les trois quarts de sa base fiscale. Du coup, en 2016, l’investissement public s’est arrêté, comme dans beaucoup d’autres pays du continent. Il faut diversifier la fiscalité, élargir sa base, donner aux gens qui restent dans le secteur informel des raisons de venir dans le secteur formel – des services, du crédit bancaire, de la formation…

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L’Afrique reste-t-elle dépendante des investissements étrangers ?

L. Z. : Ils ont été multipliés par cinq sur les dix dernières années pour représenter environ 5 % du PIB du continent. C’est spectaculaire. Mais l’investissement est d’abord endogène, avec des réseaux d’épargne qui se professionnalisent. Quand j’étais étudiant, l’épargne, pour les riches, c’était l’immobilier ; pour les moins riches, c’était les troupeaux : on confiait deux vaches ou une chamelle à un berger. Aujourd’hui, il y a une épargne domestique activée par des fonds de pension – dans les pays anglophones –, par des réseaux bancaires, et par de nombreuses institutions de microcrédit, qui ont d’importantes ressources. Il y a aussi les rapatriements d’épargne de la diaspora, qui servent à la consommation mais aussi à l’investissement. Cela joue un rôle considérable dans la plupart des pays, qui n’existait pas il y a 25 ans.

Autre facteur d’indépendance : la dette publique est la plus faible de tous les continents – moins de 40 %. Elle progresse parce qu’on a beaucoup d’infrastructures à financer. Mais avec de l’épargne intérieure, dans une devise locale, sans risque de change…

Un sommet Europe-Afrique s’ouvre demain à Abidjan. Quel type de relations commerciales et financières faudrait-il développer ?

L. Z. : L’Europe est très importante pour l’Afrique. C’est le premier client, le premier fournisseur, le premier donneur d’aide, le premier investisseur, le premier lieu de résidences des migrants qui envoient leur épargne au pays.

Bien sûr, d’autres partenaires ont émergé : Chine, Inde, Corée du sud, Brésil… Mais l’Europe reste fondamentale. Si l’Éthiopie est devenue le premier producteur mondial de roses, c’est parce qu’une économie à très forte valeur ajoutée s’est mise en place entre le marché européen, la place d’Amsterdam, et l’Éthiopie avec ses avantages climatiques.

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C’est un processus extrêmement modernisateur pour l’Afrique. Cela la fait entrer dans un monde de concurrence, de rationalité des prix, de sauts technologiques. Dans cette logique, il faut que les accords de commerce facilitent l’accès à la demande européenne, avec un bon dialogue sur les normes sanitaires, sans protectionnisme excessif.

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